Imbroglio
Lotus pour les Nuls
ESPNF1 Staff
9 décembre 2010
Au commencement était Colin Chapman

Absente en F1 depuis de trop longues années, voici que Lotus revient en force. Depuis quelques jours il n'est même questions que de cela dans l'actualité. Lotus, Renault, Fernandes, Proton, Hunt et leurs intérêts... Si vous n'y comprenez rien, ce qui suit est pour vous.
L'épopée Lotus
Lotus Engineering, sous son premier nom, est un constructeur de voitures de sports fondé en 1952 à Hornsey (Angleterre) par Colin Chapmann. Le nom de Lotus vient de l'effet supposément soporifique de la fleur de lotus. Construire la première voiture, dès 1930, a été tellement fatiguant pour Chapman et pour ses amis, qu'ils ont décidé de l'appeler Lotus. Très vite, Lotus a connu un succès commercial. En 1958, elle faisait ses premiers pas en F1 avec Graham Hill à Monaco. La première victoire arrivait en 1960 avec Stirling Moss à Monaco également et la première victoire de l'usine Lotus était signée par Innes Ireland en 1961 aux États-Unis.
C'est peu de dire que, par la suite, l'équipe dirigée par Chapman a révolutionné la F1. Elle l'a transfigurée. D'abord sur le plan des résultats avec six titres de champions des Pilotes (Jim Clark en 1963, 65, Hill en 68, Jochen Rindt en 70, Emerson Fittipaldi en 72, Mario Andretti en 78) et chez les Constructeurs (63, 65, 68, 70, 72, 73, 78) et 79 victoires.
C'est colossal mais ce n'est pas dans le chiffres que Lotus et Chapman ont le plus marqué les esprit. Ce serait davantage pour leur côté novateur. Un grand nombre d'évolutions techniques ont été mises au point par Lotus, établie à Cheshunt puis à Norfolk. On citera le châssis monocoque, l'effet de sol et les premières études sur la suspension active. Chapman fut aussi le premier à savoir utiliser les sponsors pour faire entrer de l'argent dans les caisse. En 1970, il avait recours au cigarettier JPS qui apposait ses couleurs noir et or sur la livrée.
Champan est mort d'un attaque cardiaque en décembre 1982. Avec moins de succès, son écurie, qui a connu ses heures de gloire sous le nom de Team Lotus, lui a survécu. Elle a notamment hébergé Ayrton Senna qui a gagné à six reprises sur une Lotus-Renault conçue par Gérard Ducarouge. La victoire de Magic en 1987 à Detroit est la dernière de Lotus à ce jour.
En octobre 1994, à la veille de la dernière saison, David Hunt, le frère du champion du monde James Hunt, devenait propriétaire de l'écurie, qui allait s'associer à Pacific pour la saison 1995. C'était la première fin de Lotus en tant qu'équipe. Il fallait attendre 2010 pour revoir des Lotus en piste.
Le constructeur Lotus
En tant que constructeur, Lotus n'a jamais cessé d'exister et a toujours été le parangon de la voiture de sport à l'anglaise, alliant puissance, style et innovation.
Quatre ans après la mort de Chapman, la société, en difficultés financières, est rachetée par General Motors. Mais la transaction ne concerne pas l'équipe de F1 qui devient indépendante. Ne parvenant pas à tirer suffisamment de son acquisition le geant américain revend Lotus à l'homme d'affaire luxembourgeois Romano Artioli, qui possède déjà Bugatti, en 1993. Enfin, trois ans plus tard, l'entité qui s'appelle alors Lotus Group devient une filiale du constructeur d'État malaisien Proton.
Première résurrection
Tony Fernandes et ses pilotes lors de la première renaissance de Lotus, début 2010

Il fallait attendre 2010 pour revoir une F1 du nom de Lotus sur la grille de départ. Lotus Racing est créé in 2009 par Mike Gascoyne, brillant ingénieur lui aussi de la région de Norfolk, comme Chapman. C'est d'ailleurs à Norfolk que l'usine est installée. Le financier est un homme d'affaire malaisien, Tony Fernandes, patron de la florissante compagnie aérienne AirAsia.
Les deux hommes semblent avoir la confiance de Proton et du gouvernement malaisien pour relancer l'équipe. Lors de sa première année, cette dernière, partie de rien, termine à la 10e place du Championnat, devant les autres nouvelles équipes (Virgin et HRT).
Lotus Racing s'apprête à empocher le mini-pactole de la redistribution des droits TV (20 M€, +50% de budget) qui va lui permettre de franchir un cap supplémentaire.
En septembre, elle annonce fièrement avoir récupéré auprès de Hunt le prestigieux nom Team Lotus. C'est sous ce nom qu'elle apparaissait, le 1er décembre, dans la liste des engagés de la FIA.
Un autre accord est annoncé sur les moteurs. Cosworth doit laisser la place à Renault.
Group Lotus gâche la fête
Dany Bahar, PDG de Group Lotus depuis le 1er octobre 2009, il a beaucoup fait parler de lui

Mais à quelques kilomètres de là, au siège de Group Lotus, ainsi qu'au siège de Proton, à Kuala Lumpur, on ne l'entend pas de cette oreille. Deux jours après que Fernandes a annoncé qu'il adopterait le nom mythique de Team Lotus, fin septembre 2010 à Singapour, Group Lotus s'y oppose fermement en se disant "décidé à protéger cette marque". Une première guerre fratricide est déclarée.
Sous l'impulsion de Dany Bahar, nommé PDG de Groupe Lotus le 1er octobre 2009 et ancien commercial de Ferrari et Red Bull, la lutte s'intensifie. Bahar a en tête l'idée de relancer le département sportif de Lotus. Il décide d'investir en GP2 en se liant à ART, alors que Fernandes venait de lancer son équipe, et de mettre plus de moyens sur l'IndyCar Series. Son seul problème semble être Lotus Racing.
Il se passe alors quelque chose d'assez incroyable. Alors que Lotus était absente depuis quinze ans, voilà que soudainement, deux entités pouvant assez légitimement revendiquer le nom de Lotus se combattent sans ménagement et sur tous les fronts.
Lotus avec Renault
La livrée de la Lotus Renault Team GP 2011

Les choses se compliquent le 8 décembre dernier. La rumeur qui circulait dans le paddock depuis quelques semaines prend la forme d'un communiqué. Group Lotus devient le sponsor titre du Renault F1 team jusqu'en 2017 en rachetant les 25% de parts que détenait Renault dans le Renault F1 team. "
L'état des lieux est donc le suivant. D'un côté Team Lotus/Lotus Racing qui prépare sa deuxième saison avec des moteurs Renault. De l'autre, une nouvelle entité baptisée Lotus Renault Team GP qui n'a plus aucun lien avec Renault si ce n'est le moteur.
La lutte va jusque dans les couleurs. Le noir et or des années 1970 de la grande époque Lotus est annoncé des deux côtés.
Une situation ubuesque qui soulève de nombreuses questions.
Et maintenant ?
Peut-il y avoir deux équipes portant le nom de Lotus sur la grille 2010 et qui empochera les millions de la 10e place ?
C'est la question qui est sur toutes les lèvres. Group Lotus a affirmé qu'elle ne voyait pas d'inconvénient à ce qu'il y ait quatre Lotus engagées. À moins d'un arrangement qui pourrait impliquer Proton et un changement de nom de Lotus Racing, c'est Bernie Ecclestone, silencieux pour le moment, qui devrait trancher. En tout état de cause, il serait injuste que les primes gagnées sur la piste par Lotus Racing ne lui reviennent pas parce qu'elle aura changé de nom.
Avec la structure de Fernandes, Lotus avait gratuitement une équipe de F1. Pourquoi, cette société, qui n'est pas en très bonne santé financière, a-t-elle investi des sommes certainement considérables dans une équipe concurrente ?
C'est une interrogation à laquelle il est difficile de répondre. Les égos des dirigeants y sont sans doute pour quelque chose mais il serait étonnant que l'un d'eux l'admette un jour. En tout cas, Lotus Racing présentait des garanties de qualité indéniables avec Gascoyne, qui fut champion du monde avec Renault et deux pilotes de talent (Jarno Trulli et Heikki Kovalainen). Certes, les deux hommes ont tourné loin des meilleurs mais il ne faut pas oublier que Lotus n'a qu'un an d'existence. Group Lotus veut-il arriver très vite à la victoire et ne pas perdre de temps à faire évoluer une équipe ? Renault, cinquième des Constructeurs en 2010, sera, il est vrai, beaucoup plus à même de gagner en 2011 que Lotus Racing.
Quel va être le rôle de Lotus dans Lotus Renault ?
Il paraît difficile d'imaginer que Lotus, avec tout ce que ces cinq lettres représentent, ne soit là que pour apposer son logo que la monoplace d'Enstone. Quelle aide technique peut-elle apporter à l'équipe sur la durée ?
La Lotus Renault arborera-t-elle le logo Lada ?
Lotus, Renault, Lada, trois marques pour une seule F1, dans l'absurde ce serait aller plus loin que la BMW Sauber à moteur Ferrari de 2010. Mais en F1, rien n'est impossible.
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