Abdelmajid Dolmy, le dernier Mozart du Raja
Mohamed Mellouk
Le matin : 09 - 07 - 2005
Lorsque l'on parle de Abdelmajid Dolmy, célèbre n°4 du Raja de Casablanca, on pense tout de go à un joueur d'exception qui ne s'est jamais exprimé devant la presse.
Un garçon tellement timide que tous nos confrères se sont résignés à respecter son silence. S'il observe un mutisme total sur sa façon de jouer, ses projets, son entourage, ses idoles, il n'en demeure pas moins qu'il devient très bavard voire éloquent sur le champ de jeu.
Il s'exprimait de manière fort satisfaisante sur un terrain. Son aisance ballon au pied n'avait d'égal que sa vista qui englobe tout le terrain. Ses équipiers savent à quel point ce joueur extraordinaire pouvait les localiser même sans qu'ils l'appellent. Recevra le ballon, celui qui est le mieux placé ou celui qui ira porter le danger dans le camp adverse. Ils n'avaient pas besoin de se rappeler à son souvenir.
Avant même de toucher le ballon, Dolmy avait déjà en tête tous ses coéquipiers et leur emplacement.
Idole d'abord de Derb Fokara, puis d'un terrain mitoyen sis à l'Hermitage où l'on jouait des rencontres intenses entre les différents quartiers de Derb soltane, Dolmy va vite devenir un joueur dont on parle beaucoup. Du ?Chili?, nom que tous les jeunes d'alors donnaient à ce terrain (sans savoir pourquoi), Dolmy va alimenter toutes les conversation des fans du foot dans ce fief du Raja de Casablanca. Il deviendra par la suite la vedette du vieux stade d'El Fida ! Il jouait alors?attaquant ! Son nom restera à jamais lié à deux personnes : Youâari, actuel chargé du matériel et annuaire de tous les changements qui ont affecté le Raja et Mustapha Choukri, plus célèbre par son surnom, Petchou.
Mustapha, un des nombreux inconditionnels du Raja nous dira que ?C'est Youâari qui l'a amené à signer au Raja et c'est Petchou qui a parrainé Mjid (Dolmy) et que c'est lui qui lui a enseigné le football dans le club. ? Le talent de Dolmy fera le reste.
Ses qualités indéniables de joueur au coup d'?il ahurissant vont le déplacer au milieu de terrain où il va se montrer intraitable comme demi-défensif (appellation qu'on donnait alors au milieu du terrain). C'est ce coup d'?il légendaire qui va dégoûter ses adversaires. Il interceptait les balles qui leur étaient destinées par leurs coéquipiers. Les entraîneurs qui se sont perpétués à la tête de la direction technique su Raja tenaient ce timide en haute estime.
Il bénéficiait d'un statut particulier. Non parce qu'il imposait sa façon de jouer ou imprimait son rythme aux matches des Verts, mais tout simplement parce que ce joueur exceptionnel avait sur l'ensemble de ses coéquipiers une influence positive. Ses coéquipiers n'étaient pas n'importe lesquels. Ils avaient pour noms Ghandi, Houmane, Petchou, P'tit Omar, Abdelhak Fethi, les deux Jawad, Bénéné, pour ne citer que ces joueurs remarquables.
Tous ceux qui ont présidé aux destinées de la direction technique du club le plus populaire du Royaume, ne se sont jamais embarrassés des directives à donner au milieu du terrain du grand club bidaoui.
Sur le terrain, il pouvait orienter le jeu à sa guise, imposait sa conception du jeu. Non parce qu'il savait mieux qu'un entraîneur mais parce que tous joueurs et public n'avaient d'yeux que pour lui. Ils mesuraient la forme du Raja par celle de Dolmy. Ces entraîneurs que le Raja avait enrôlés à un moment ou à un autre étaient de gros calibre. Ils n'avaient rien à apprendre d'un joueur, fût-il de la trempe de Dolmy.
Mais pour ce garçon que la timidité avait davantage contribué à son charisme, ces techniciens avaient également pour lui un vrai faible. Ils ne lui refusaient rien. Ils prenaient même part à la formation qui allait évoluer sur le terrain : Khamiri, El Ammari, Tachkov, Orotz, ? Ba ? Mohamed (non pas Sahraoui, mais Tibari) ; des noms qui résonnent fort dans le firmament du football national et international.
Ironie du sport ! Ce footballeur de charme n'a jamais été champion du Maroc. Lorsque le Raja avait décroché son premier titre de champion, Dolmy avait déjà raccroché ses crampons.
Par contre, il était bien là lors du premier sacre de l'histoire du Raja lorsque celui-ci remporta la première Coupe du Trône de sa carrière face au MAS grâce à un tir de l'ex-buteur du Raja, El Arabi dont la carrière prometteuse fut abrégée par un joueur du KAC décédé.
Un talent aussi extraordinaire ne pouvait laisser indifférents les sélectionneurs nationaux. Dolmy leur donnera raison par d'immenses services rendus au Club Maroc.
Il s'illustra avec le Maroc en 1986 à Mexico où il reçut la note?10 par notre confrère l'Equipe.
C'est ce joueur hors du commun que l'association ? Les amis du Ghiwane ? et son président le Dr Zouheir Qamari s'apprêtent à fêter. L'un des rarissimes joueurs au monde à occuper le poste de milieu défensif sans jamais avoir reçu? un carton rouge ! Cela lui a valu le Prix décerné par l'UNESCO le 15 octobre 1992 ! Le ? Maestro ?, le ? Professeur? - surnoms qu'il mérita amplement - détient également le record de longévité sur le terrain puisqu'il fut sollicité même en fin de carrière à défendre les couleurs de certains clubs à l'image de feu la CLAS !!
Dolmy, qui a débuté en 1971 et n'a raccroché qu'en 1991 soit une carrière de 20 ans, n'a cessé d'évoluer jusqu'à devenir un véritable Maestro. Sur le terrain, il oriente le jeu, sécurise ses partenaires, assure la jonction entre la défense, les couvertures, et la récupération et joue le rôle du "porteur d'eau".
Passeur de génie, dribleur né, Dolmy allia technique, puissance et Fair-play.
De Dolmy on gardera l'image de cet excellent n- 6, à la carrière riche et exemplaire, qui, en 1986, lors de la coupe du monde, a tellement dominé le milieu de terrain qu'il a été noté 9/10 par la presse sportive internationale.