Mjid Hadri, l'impitoyable
Abdeslam Bilali
Le matin : 10 - 08 - 2005
A 19 ans, il avait déjà conquis les c?urs des supporters du Raja et de l'équipe nationale. Et pourtant Mjid Hadri, puisque c'est de lui qu'il s'agit, est arrivé au Raja par accident, sans passer par les catégories des jeunes. Né en 1952 dans le paisible quartier Berger, il fait ses premiers pas avec ses copains dans la rue puis dans les terrains vagues environnants.
Un peu plus tard, il intègre l'équipe du CAFC, là où jouait son frère aîné Si Mohamed et un certain Malik, qui deviendra un terrible avant-centre au WAC. Durant quelques mois, il participa avec ce club à un championnat local avant de rejoindre les rangs du Club Des Italiens (CDI) dont l'un des animateurs était notre confrère Lino Bacco.
«A l'époque, se souvient Mjid, je n'étais intéressé par aucun club pour la simple raison que le tournoi organisé chaque année par le CAFC était très animé avec une belle ambiance et une parfaite organisation. Plusieurs équipes représentant des régions de France, en plus de notre équipe et la Casa De España se disputaient le titre».
Et puis un beau jour, tout juste avant le début de la saison 71-72, le hasard a voulu que Mjid prenne part à une rencontre amicale entre son équipe de quartier et une formation de Marrakech au lever de rideau de Raja ?RAC au terrain de l'Oasis.
L'arrière droit à la longue chevelure tape dans l'oeil d'un spectateur de marque, en l'occurrence Maître Maach, un des plus illustres dirigeants des Verts qui souhaite l'avoir dans ses rangs. Le célèbre avocat du barreau de Casablanca est d'abord étonné qu'un joueur aussi doué ne soit pas licencié dans un club. En fait, Mjid avait bien failli signer au club voisin, le grand rival, le WAC mais une histoire de pièce administrative l'en empêcha.
C'est donc le Raja qui s'occupa de cette paperasse et quelques jours plus tard, un nouveau au visage angélique faisait son apparition parmi le onze rajaoui. « Moi-même, j'ai été impressionné par la présence de grands joueurs comme Petchou, Rechag, le gardien de but, Bakdir, Aliouate, Robio, Allam, Benene, Saïd Ghandi etc. », explique Mjid qui est très vite adopté par son entourage. En ce début de saison, c'est feu Lakhmiri qui va prendre en main le Raja. Il est subjugué par le talent de ce jeune. L'ex-bombardier le lance dans le bain contre le ?WAC en remplacement de Ptit Omar. Le Raja l'avait remporté 1-0, but de Petchou aux derniers instants de la partie.
C'est donc le début d'une longue carrière qui commence pour Mjid. Il a connu plusieurs entraîneurs qui l'ont marqué comme Tachkov, Paul Orotz, Tibari, Houmane et a aussi vécu des moments forts avec une autre génération de jeunes à l'image de Larabi, Dolmy, Abderrazak, Flay, Beggar, Fethi, Aït Rami, Jawad, Mokhliss. Le latéral droit est aux anges. Il a retrouvé des sensations qui lui manquaient quand il était dans un petit club de quartier.
Il a une telle confiance en ses capacités que rien désormais ne lui fait peur surtout pas de grosses pointures du championnat national et Dieu sait s'il y en avait.
« Quand je rentrais sur le terrain, se rappelle t-il, j'étais concentré sur mon adversaire direct. Je n'avais aucune appréhension et cette confiance que j'avais m'aidait à sortir un grand match ».
En moins d'une année, il réalise une grande performance en s'ouvrant la porte de l'équipe nationale, appelé par Barinaga et Abdelleh Settati. Il profitera d'une indisponibilité de Boujemaa pour s'assurer le poste d'arrière droit. Il en deviendra le titulaire incontesté.
Il dispute son premier match international en 1972, à la veille des Jeux Olympiques de Munich contre la Tunisie qui s'est soldé par un nul 0-0. « J'ai été impressionné par cette première rencontre, avoue Mjid, mais au bout d'un moment je me suis aperçu que les joueurs qui étaient en face de moi n'avaient rien d'effrayants, alors j'ai réalisé que je pouvais parfaitement être à la hauteur de la confiance placée en moi par les sélectionneurs ».
Il fera partie d'un effectif où il fallait être une star pour mériter sa place. Là aussi, il est très vite adopté par les Bamouss, Hazzaz, Abdellah Bakha, Zahraoui, Yaghcha, Kala, Khalifa, Faras, Acila, Larbi Aherdane, Tazi, Maghfour, Filali.
Il participera à une quinzaine de sélections avant de continuer son parcours avec son club. Les moments qui l'ont le plus marqués resteront bien sûr ces deux coupes du Trône que le Raja a gagnés en 1974 contre le MAS, 1-0, but de Larabi, « un joueur pour qui j'avais beaucoup d'estime », confie-t-il et en 1977 ; face au DHJ, 1-0 également avec un but d'anthologie de feu Beggar.
Il n'oubliera pas aussi l'apport de Abdelmajid Dolmy dont la seule présence suffisait à donner des assurances. « C'était un joueur exceptionnel, explique l'ex international. Sa présence rassure parce qu'il avait un véritable don de l'organisation tant défensive, qu'offensive.»
L'homme avait aussi une sympathie pour Mehdi du TAS qu'il a toujours considéré comme un grand joueur, plein de finesse. C'est en 99 qu'il va mettre un terme à sa carrière après l'arrivée d'une nouvelle génération comme Fennani qui excellait dans le poste d'arrière droit. Mjid Hadri a su quitter la scène au bon moment.
Mais le jubilé qui va être organisé en son honneur contre l'équipe belge de la Gantoise au complexe Zaouli, n'est pas vraiment un succès populaire et il le regrette. « Cette rencontre a été organisée au mois de janvier et ce jour-là, il a beaucoup plu et le public n'était pas vraiment emballé, mais le plus important pour moi est d'avoir réuni tous mes amis et mes anciens coéquipiers qui ont partagé avec moi cette joie.»
Mjid est père de trois enfants qui ont tous suivi les pas de leur père, en particulier Adil qui a fait toutes ses armes au Raja mais qui a finalement atterri chez Mendoça au RAC. Cette saison, il est convoité par l'US Touarga. Mehdi a joué avec les jeunes du WAC avant de terminer son parcours avec la Rabita. Le seul regret pour Hadri, c'est cette indifférence de la part des dirigeants actuels qui ont plongé nombre d'anciens joueurs dans l'oubli.
Lui même, en dépit d'une situation précaire est resté digne. Il ne lui viendrait jamais à l'idée de quémander quoique ce soit. Il ne souhaite qu'une petite reconnaissance ne serait-ce qu'à l'occasion d'un grand évènement.